La Micro-Finance, on en parle pas mal ces dernières années, non? On entend de tout, et pas toujours du bien, surtout ces derniers temps. Il faut dire que cette partie bien spéciale de la finance s'est rendue célèbre en résistant d'une manière plutôt étonnante à la crise, et du coup tout le monde s'est intéressé au pourquoi et comment, et plus seulement les humanistes.

Alors pourquoi? Comment?

La micro-finance c'est rien d'autre que de la finance mais en plus petit: des petits emprunts, des petites épargnes, des petites assurances. A qui ça s'adresse? Non pas aux plus pauvres comme on pourrait le croire/ l'espérer, mais surtout aux petits entrepreneurs, ceux qui possèdent un petit commerce, ou un petit atelier, et qui voudrait l'améliorer, et également aux petits agriculteurs qui essayent de ne plus trop subir les cycles du climat. Par exemple vous allez avoir une boulangère qui va acheter une machine à faire la pâte à pain, pour aller plus vite, ou un agriculteur qui ne va emprunter que pour pouvoir équilibrer ses revenus malgré les saisons.

Pourquoi est-ce que ça résiste à la crise? Il faut déja se rendre compte que la crise est due en partie au fait qu'aux Etats-Unis et ailleurs, un grand nombre de banques s'est lancé dans des prêts à la consommation à tout va, parce que ça rapporte bien (les taux d'intérêt sont toujours bien plus élevé que la moyenne...), et que ça soutient bien l'économmie de nos pays: quand tout le monde achète, toutes les entreprises vont mieux et les gens sont plus heureux (????). Bref, on en a oublié que non, les gens ne pouvaient pas rembourser, et les banques se sont retrouvées avec des trous dans leur budget assez énorme, et voilà le chateau de carte, en partant par le bas, s'est écroulé et s'écroule encore.

Bref revenons à nos moutons. La micro-finance elle, ne finance que (ou en tout cas avant) des activités professionnelles, avec des petits prêts, faciles à rembourser, et avec des garanties faibles, mais beaucoup plus "morales", et qui fonctionnent très bien (les taux de non-remboursement sont les plus faibles du milieu de la finance). De plus les activités financées sont bien souvent très en dehors de la mondialisation et des problèmes de crises globales, et ont bien mieux résisté à tous ces bouleversements.

Alors pourquoi on aime? La micro-finance, ce n'est pas de l'humanitaire. C'est un outil capitaliste. Mais c'est aussi adapté à ces pays-là où la force est dans le "petit". On pourrait se dire, "mais laissez-les tranquilles, ils ont pas forcément envie de se développer, et surtout pas par la finance". Oui mais pour l'instant ils ont pas trop le choix si ils veulent éviter que leur pays soit bouffé par les industriels américains et européens et donc garder un certain degré d'autonomie. Alors je pense que développer ces petites initiatives, leur donner la force de résister, de se développer, c'est aussi donner à ces pays une opportunité de se développer "à leur manière", en respectant plus leur culture, leur besoin. Pas de Wal-Mart ni Carrefour mais 40 petites tiendas, c'est quand même plus sympas, non?

Oui mais bon tout n'est pas rose... Alors quels sont les risques? Les risques c'est que comme évoqué plus haut, le micro-crédit ce n'est pas de l'humanitaire, et les règles sont les mêmes que dans la finance classique. En plus les banques commencent à loucher sérieusement sur cette nouvelle source de financement plutôt sûre par les temps qui courent... Et les gens d'ici, qui n'ont aucune éducation bancaire, ne font pas nécessairement la différence entre toutes ces institutions qui proposent des prêts. Et nous aussi on s'y perd. C'est comme ça qu'on a dû expliquer à Marga, une femme maya au Mexique, que non, 35% de taux d'intérêt, c'est pas normal. Les banques grattent partout où elles peuvent et c'est une véritable aubaine pour elles de voir que ces "populations pauvres" s'intéressent au crédit et qu'en plus, elles remboursent!

Bref, c'est pas si simple, et pour ma part je n'adhère pas à 100% au micro-crédit, en tout cas pas tant que ça ne sera pas régularisé, que ce ne sera pas plus transparent, que les gouvernements n'exigeront pas une transparence totale et que n'importe quelle institution pourra utiliser le mot "micro-crédit" pour attirer les gens. Il ne faudrait pas non plus installer une culture de la consommation à tout-va et confondre "pouvoir acheter une télé" avec "un pays développé".

Enfin on croit au petit malgré tout, c'est par là qu'il faut tout recommencer, c'est plus solide, plus humain, plus mieux quoi :)

Margaux qui parle pour son compte (tout le monde n'est pas obligé d'être d'accord)

PS: Attention, croire au petit, ne veux pas dire que nous croyons à tout ce qui est petit (nous ne rentrons pas dans un débat politique sur notre cher président!!!)