Dimanche dernier, on est rentrées dans les mines de Potosí. On connaissait un peu l'histoire avant de franchir la ligne mais entre se faire raconter une histoire et voir une réalité, il y a une montagne... Ici, c'était la montagne de minerais de Potosí. On s'est enfoncées dans le noir en se pliant pour passer dans un tunnel de 1.50 mètres de hauteur. L'odeur est âcre, ca sent le souffre et l'humidité. On n'y voit rien, même avec les lampes. Si parfois on se relève, ce n'est que pour quelques mètres. Notre guide crie les noms des mineurs qui travaillent le dimanche, car elle les connait tous, en particulier ceux-là. On parcoure les trachées sans savoir où elles nous mènent. On frôle des trous noirs, on descend pieds et mains à terre d'une galerie à une autre parce que ça a peté comme ça, en pente raide. Au bout de 20 minutes, on entend la voix d'un homme au loin. On s'en rapproche. Margaux, Cyrielle montent à l'échelle qui nous mènent à lui. Je met à mon tour les pieds sur les barreaux, jusqu'au dernier, accroche mes mains aux bras de l'homme, cale mon pied gauche sur la terre et lève les yeux vers l'inconnu. Le choc. C'est un adolescent qui me tire vers son trou noir quotidien. Il me sourie, les dents rongées par la chique de coca. Je bloque. J'arrive pas à lui sourire. Je pars reprendre mes esprits au loin. Cette figure, c'est Ismaël. Sweat à capuche vert noirci, visage endurci, bras alourdi par un gros marteau qui frappe à coups réguliers dans la roche. La seule chose qui change dans la condition des mineurs entre il y a 200 ans et aujourd'hui, c'est la matière de la corde qui hisse le minerai : aujourd'hui, elle est en plastique. Le reste n'a pas changé. Ismaël a comme seuls outils un marteau, une barre en fer et une cuillère avec un long manche. Dans son sombre recoin, il frappe avec le marteau sur la barre de fer et extrait la poussière avec la cuillère au long manche pour trouer la roche et y poser l'explosif. A longueur de journée le noir lui frappe dessus. Le mieux, ce serait de lui dénicher une bourse pour qu'il puisse faire des études lui aussi, nous dit doucement la guide afin que ce rêve n'arrive pas jusqu'aux oreilles d'Ismaël l'enfant mineur... Ismaël n'est pas seul dans la mine, le dieu des mineurs, réinventé par l'Eglise catholique est aux mêmes conditions qu'Ismaël : il pioche, il mâche de la coca, il fume de la coca, parfois aussi, comme ses sujets, il extrait un peu de minerai quand il a de la chance car il ne reste plus grand chose dans le corps de la montagne de Potosí...